Big Bike


Texte : Laurent Belluard / Big Bike Magazine
Re-conversion !
Avant de connaître Phil sur un mountain bike, je l’ai découvert sur des skis, envoyant des Lincoln monstrueux depuis des barres rocheuses tout aussi démesurées, fer de lance d’un mouvement mixant le gros freeride et le newschool plus stylé. Pourtant, c’est bien le vélo qui a été la première passion du Suisse métissé à la sauce jamaïcaine. Et depuis qu’il s’est installé dans le Valais, de l’autre côté de Chamonix, il ne cesse de rouler comme un acharné… Rencontre.
C’est justement dans leur nouveau shop dédié au vélo – Cross-Road Cycles à Martigny – que je retrouve Phil dans un nouveau rôle. La dernière fois qu’on s’était croisé, c’était lors de l’Xtrême de Verbier, la veille au soir, au pub Montfort, où chacun buvait de la bière mais avec modération. La veille de la course, il faut dire que même les habitués font dans l’estomac qui couine. Ou plutôt, surtout les habitués, les rookies ayant encore pour eux le bénéfice du doute… Bref, c’était Phil le skieur, une référence en la matière. Aujourd’hui, c’est toujours Phil le skieur, mais avec quelques options en plus : nouveau père de famille, propriétaire d’un magasin de vélo. Si l’on excepte le short et le débardeur, il s’agit bien de la même personne, d’un type à la cool, intelligent et ouvert d’esprit, excessif mais sage à la fois. Son côté métisse quoi, pas quelqu’un d’uniforme mais un mélange réussi de plusieurs personnalités qui n’en font qu’une au final. C’est toujours étonnant de voir dans la vie de tous les jours des gens qui ont pour habitude de faire des choses incroyables. Le décalage est parfois surprenant d’où l’adage qui veut qu’on ne devrait jamais connaître ses idoles… Pour l’heure, Phil se ressemble assez et c’est tant mieux. Alors, on y va ou bien ?


Big Bike Magazine : Pourquoi avoir quitté le mountain bike pour le ski ?
Phil Meier : J’ai arrêté de courir en descente en 2000, au moment où j’ai eu l’opportunité de m’investir dans le ski même si j’ai toujours continué à rouler, juste pour le plaisir. À l’époque, même si j’étais en Équipe suisse, je travaillais à plein-temps pour une institution financière avec la volonté de ne faire plus qu’un mi-temps. Ma demande n’a pas été acceptée. Entre les courses le week-end et le travail le reste du temps, les semaines étaient longues. J’avais en partie perdu la motivation pour ce qui me plaisait avant dans le vélo : rouler en voiture toute la nuit pour se rendre sur le lieu de la course, dormir à l’arrache sur le spot, faire la course… De plus, la descente ayant vraiment été ma première passion, je vivais forcément bien les bons résultats, mais de plus en plus mal les mauvais résultats. Ça me minait. Je sais depuis que la compétition pour la compétition n’est pas mon moteur, pas la meilleure manière d’exprimer ce que je fais. Enfin, je n’avais plus la même envie. À cette époque, Salomon suisse cherchait des riders en ski. J’ai pu arrêter mon travail, progresser suffisamment pour intégrer le team international puis Red Bull. Mais lorsque j’ai signé chez Scott, j’ai remis le doigt dans l’engrenage. Que Scott soit investi autant sur le ski que dans le vélo a aussi été une de mes motivations pour rejoindre la marque, même si je suis officiellement sous contrat financier que pour le ski…


Big Bike Magazine : Comment as-tu géré ton retour dans le monde du mountain bike ?
Phil Meier : Au début (2005), j’ai simplement beaucoup roulé sur les singles du Valais avec le Nitrous 10, un vélo suffisamment polyvalent pour se remplir d’adrénaline et se mettre la caisse en pédalant. Puis je suis retourné sur une ou deux courses, pour voir. C’était marrant car rien n’avait changé au niveau de l’ambiance, de la concurrence entre Lémaniques et Alémaniques, si ce n’est le matos qui a énormément évolué. L’été suivant, je suis parti à Whistler. En quelques semaines, j’ai retrouvé la plupart de mes sensations pour rouler propre, à la canadienne quoi ! C’est d’ailleurs ce que j’ai apprécié sur les Enduro Series et plus particulièrement sur la Tribe 10000 : il faut rouler vite mais propre, pas aussi fin qu’en DH mais avec une plus grande polyvalence. Comme il n’y a pas de repérage, tout le monde se trouve à égalité ce qui n’est jamais le cas en descente puisqu’il y a toujours des locaux qui connaissent la piste par coeur…
Big Bike Magazine : Tu te considères comme un cover boy ?
Phil Meier : Pour vivre de ce que j’aime, il faut que je persuade des sponsors que je suis le bon athlète pour eux. Pour Scott, le vélo est un « plus », la manière de montrer qu’une marque s’inscrit à la fois dans une saison mais également dans un univers plus global qui s’appelle la montagne. Et quand on aime le ski, on aime le mountain bike. Je ne suis pas idiot : en VTT, il y a bien meilleur que moi d’autant que le niveau a explosé ! Mais j’ai l’expérience de monter des trips photo autour de la planète ce qui offre de belles retombées médiatiques. Et pour faire huit pages dans un magazine lorsque tu fais de la compétition, autant dire qu’il faut gagner ! Après, tu appelles ça cover boy ou comme tu veux… Pour moi, c’est juste faire le job que j’aime…
Big Bike Magazine : Le Valais, c’est le paradis du mountain bike ?
Phil Meier : C’est clair ! Ici, il y a énormément de villages accessibles tout au long de l’année soit par une cabine, soit par un train à crémaillère. Il suffit donc de payer 4 francs suisses pour s’offrir un tour de manège ! Dans le coin, on compte une bonne dizaine de spots du genre qui desservent une multitude de sentiers pédestres, sans compter les stations de ski qui s’éveillent à la pratique du mountain bike. Le souci actuel, c’est gérer l’explosion du nombre de vélo car les habitants commencent à se plaindre. Il faut être vigilant. Intelligent même… Il ne faut pas rouler le week-end par exemple, lorsqu’on sait qu’il y a beaucoup de randonneurs, ne pas couper comme un porc, etc. Puisque ces spots sont facilement accessibles, on peut les garder pour la semaine, même pour s’offrir un seul run après le boulot. Il n’y a pas d’autres alternatives de toute façon même si des stations comme Verbier commencent bien à se tourner vers le VTT. Ça serait dommage de perdre l’accès aux sentiers pédestres. À rouler, on ne fait pas mieux !
Big Bike Magazine : Comment éviter l’interdiction ?
Phil Meier : Il faut insister dans la direction prise par les stations de ski, c’est-à-dire créer des sentiers spécifiques, interdits aux piétons. Si la majorité des riders pouvait se satisfaire de l’offre des bike parks, on pourrait parallèlement continuer de rouler sur les sentiers pédestres sans les détruire à la vitesse grand V. Mais il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas : à Whistler l’été, tu fais la queue comme dans une station de ski l’hiver. C’est incroyable, on se croirait à Verbier un week-end d’hiver sauf que tout le monde a un vélo entre les jambes ! Il faut le voir pour le croire…
Big Bike Magazine : A-t-on davantage peur au sommet d’une DH ou de l’Xtrême de Verbier ?
Phil Meier : C’est très différent… D’un côté, tu n’as pas le droit à l’erreur, pas le droit d’y aller à moitié. De l’autre, si tu fais une grosse faute, tu es déçu… Dans le Bec des Rosses, tu dois choisir ta ligne et t’y tenir, pas simplement pour aller vite mais pour ne pas risquer le pire. Au départ d’une manche de descente, tu te concentres pour être au top, prendre la meilleure trajectoire mais les conséquences d’une erreur sont incomparables ! Cela dit, c’est spécifique à Verbier, pas au ski.
Big Bike Magazine : En ski, tu as été l’un de ceux qui ont apporté la fusion entre le gros freeride et le freestyle. C’est aussi ce qui s’est passé dans le vélo avec l’arrivée en force du dirt dans le freeride, Berrecloth étant le meilleur exemple. Que penses-tu de cette similitude ?
Phil Meier : Entre 2000 et maintenant, toute l’évolution du ski s’est intégrée dans le monde du vélo et c’est normal puisque les deux sports sont très similaires. Maintenant, faut-il commencer par le dirt pour rouler en freeride ou à skis faut-il mieux attaquer par le freestyle pour être un bon freerider ? Je n’en sais rien si ce n’est que sur la neige, les « anciens » comme Seb Michaud se font respecter et sont toujours au top. L’important, c’est de ne pas avoir d’œillères, de ne pas rester figé dans sa pratique, de s’ouvrir même si on se sent dépassé par une nouvelle génération. Ces sports ne sont pas faits pour les poseurs, pour ceux qui se croient arrivés. Si tu aimes, tu ne calcules pas, tu joues avec tes potes, c’est tout.
Big Bike Magazine : Le slopestyle a pourtant tout balayé en mountain bike…
Phil Meier : C’est vrai mais sûrement parce qu’en ski, tu as davantage de liberté pour choisir ton run. Tu skies sur un manteau qui offre une multitude de lignes, une liberté qui permet à chacun de montrer sa fluidité, sa technique, sa créativité. À vélo, le run existe déjà : c’est le parcours, comme en slopestyle à skis. C’est donc beaucoup plus limité d’où le succès du slopestyle qui offre du spectacle et une forme d’expression assez libre pour le mountain bike.
Big Bike Magazine : On ne peut pas non plus aller dans la surenchère en termes de barres rocheuses non plus
Phil Meier : Très peu de pilotes sont capables de sauter de grosses barres à vélo car les risques sont énormes contrairement au ski où il est courant de voir au milieu d’un run des sauts de plus de quinze mètres posés sans souci. Si les chutes en vélo ont rarement de grosses conséquences, tu froisses cependant systématiquement de la tôle… Pour un organisateur de contest, il vaut donc mieux une bosse de dirt dans un slopestyle pour s’exprimer plutôt qu’une barre façon Rampage, trop aléatoire en termes de gestion des risques.
Fiche technique
Phil Meier
Nationalité : suisse.
Né le : 13 octobre 1975 à Genève.
Âge : 33 ans.
Marié, deux enfants (Loé : 2 ans / Charlie 2 mois)
Habite à Vollèges (sous Verbier)
Sponsors : Scott, Red Bull, Swatch, Da Kine, Verbier, Surefoot, Salomon
Meilleures performances :
À vélo
Il faut que je retrouve quelques résultats… Par cœur : 22ème en coupe du monde au Gets 1998
À ski
Deuxième au World heli challenge 2001
Premier au Gilles Voirol Classic 2003
Septième à l’Xtreme de Verbier 2006
Quatrième au Big Mountain pro 2007
Cinquième à l’Artix 2007
Troisième au big Mountain pro 2008 (World tour)
Troisième au Freeride Chamonix 2009
Premier au Clusaz freesession 2009
Films :
Les Nuits de la Glisse 2002/2003 (F)
Snow’s in the house (GB)
Snow Odissey II & III (GB)
One year with a skier (CH)
Flake Quest (F)
Code Bar (F)
Respect (UDS)
Laps (CH)
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